lundi, 29 avril 2013

Mon article paru le 14.03.2007 dans - Actualité sociale

Lettre à un ami analphabète

Le secteur de l’action sociale a été impliqué dans des phases dont vous vous souvenez certainement, type « branle-bas » dès 1999 avec des paquets et trains de mesures et des pressions sur son organisation. Les objectifs voulaient améliorer, la visibilité du domaine social, l'harmonisation des  coûts de la facture sociale. Honorable but que de vouloir dynamiser l’Etat jusqu’à moi dans ma condition de citoyen, mon statut et rôle d’éducateur sur le terrain. Cette prétention visait l'optimisation des réponses aux besoins des uns ou des autres, de nos clients comme ils sont nommés, ainsi que la vénérable reconnaissance ISO pour nos institutions. Leur droit/bénéfice d'obtenir des subventions, à la condition d'une mise en place des Systèmes Qualité, ça vous dit quelque chose ?

Chômeur depuis un an, j’en ai connu qui ont défini mes besoins pour mon avenir. Comme dans diverses institutions, l'avenir a été pré-tracé pour des professionnels/collègues et des résidants/travailleurs ! 

J'ai l'impression que ça fait belle lurette qu’à l’enseigne de l’évolution sociale, des idées novatrices, à l’image de tous secteurs médico-sociaux enclins depuis les années 2000 aux changements vers ... qu'une bureaucratisation professionnelle galopante s’est installée ... C’est une tout autre vision du monde du social qui semble se mettre en place subrepticement et qui rancit les fondements de notre profession. Bien entendu, je n’oublie pas toutes les autres professions connexes et alliées !

Cherchant à définir cet étrange virus envahissant "dans le pays de mon travail" depuis cinq ou six ans, ce « mal aise » je l’avais symbolisé par « j’ai mal à ma hiérarchie ».

"Cri"

Acrylique sur toile / 60 x 70

Puis, à la lecture récente d'un bouquin, mon récent passé s’est réveillé grâce à ce porte-parole à mes maux. Les mots d’un frère éducateur ! C'et l'essence même, la sève d’un "renouveau social". Il s’agit du livre de Bocampe qui s’intitule « Lettre à un ami analphabète ».Le secrétaire du Syndicat interprofessionnel vaudois des travailleuses et travailleurs (SIVT) – affilié à la Fédération syndicale Sud pour les secteurs public et parapublic – s’est brillamment exprimé: « Il est rare, bien trop rare, qu’un homme de terrain se lève pour dénoncer tout haut, tout seul, et même dans un livre s’il vous plaît, ce qui ne va pas et n’ira jamais dans son monde du travail et dans l’ensemble de la société. »

 L’auteur  (Membre de l'association littéraire de l’Arc Jurassien). Libre-penseur comme il aime se définir, Bocampe est un auteur franco-suisse, cévenol et yverdonnois. Issu de milieu modeste et en contact direct avec un vieux berger, adepte de l’école buissonnière, il apprend tout jeune le noble travail de la pierre sèche. Dès lors cette passion pour la pierre ne le quittera plus.

Ses pérégrinations de bâtisseur marginal dans le sud de la France le conduiront en 1988 en Suisse où il suivra pendant quatre années une formation de socio-thérapeute. En relation avec la personne adulte porteuse d’un handicap, il est responsable d’un atelier de céramique et de pierre sèche à Yverdon-les-Bains. Aujourd’hui, il souhaite partager avec le lecteur ses pensées par amour pour la littérature.

 

Le groupement des menhirs image d’une certaine manière les particularités de cet auteur. Philosophe, mystique, poète, éducateur, artisan! Simplement un homme debout qui passe en réalité avec son temps. Le lecteur pourra ressentir dans les onze premiers ouvrages de Bocampe cette incessante quête intérieure qui stimule le choix de ses personnages ainsi que les discours et les thèmes abordés. Une quête omniprésente avec ce souci de mêler une certaine « folie intérieure » et l’humour à la réflexion, la poésie et l’audace à la pensée vivante, l’insolence et la sensibilité à certains aspects de notre époque.

« Lettre à un ami analphabète » est une parodie sociale, un témoignage et une considération sur les classes dirigeantes, l’adulte handicapé et l’éducateur. Un adulte handicapé qui ne sait ni lire et écrire reçoit une lettre de son ancien pédagogue. Lors d’une soirée, son nouvel éducateur lui lit son courrier à haute voix. Et boum, la surprise est au rendez-vous.  

L’organisation sociale dans la plupart des institutions qui subissent une politique d’économie dont la médiocrité est l’un des aspects les plus visibles méritait qu’un auteur averti lui consacre une caricature. Bocampe a choisi la parodie pour nous rappeler que l’ultime tête-à-tête de l’éducateur avec un renouveau social commence par des actes libres, de conscience et d’amour.

Alors finalement, c’est quoi ce social ? Il devient quoi ?

Je nous interroge. Va t-on se laisser endormir au « fortmal » ?

Va-t-on enfin tenter de faire avancer le schmilblick ?

Voulons-nous vivre sans broncher un irréversible déclin ou une « renaissance du social » ? 

« Debout les gars réveillez-vous » chantait déjà en 1999 un certain Hugues Aufray.

« Frère éducateur, retire l’ancre, part au large, hisse haut les voiles vers les océans et rapporte au déclin de cette vie sociale, une nouvelle vague de conscience, un ange de ton voyage. Et si la mer est agitée et que tu dois rester à terre, alors l’amour qui est ton cœur suffira à nos frères handicapés pour conforter ce qu’ils sont : des êtres d’exceptions qui se mêlent à l’embellissement de notre humanité »